Néologisme de « neuro» et « utopie », Neurotopia est un univers imaginaire mêlant neurosciences, broderie et fiction, dans lequel le poétique tisse des liens avec le végétal que le fil suit et matérialise.
Neurotopia parle d’écologie corporelle et d’environnement en interrogeant les rapports corps-esprit, la mémoire, la notion plastique de cadre et les liens entre arts plastiques et métiers d’art. Ce projet prend racine dans le cerveau, à l’intérieur du corps humain ; « Le corps est notre point de vue sur le monde ».
La figure de l’arbre, omniprésente, est un repère stable face au sentiment de déracinement ; arbre à palabre aux histoires réelles et fictives, arbre spirituel, « il […] se régénère, meurt et renait d’innombrables fois » Mircea Eliade (Elit.235) Neurotopia naît de l’intime et de préoccupations sur la neurologie, déclencheurs d’une fascination pour la mémoire et la puissance du cerveau.
Inspirées d’imageries scientifiques, des coupes transversales font apparaitre des recadrages de paysages brodés, souvenirs réels ou fictifs, que l’esprit recompose comme un hors-cadre cinématographique ou laisse aller à de nouvelles projections mentales. Des hauts-reliefs tels des fleurs de cerveau et d’arbre dialoguent avec des points de vue colorés sur des mémoires de paysages, abstractions figuratives dans lesquels humain et nature forment un tout.
La connexion entre cerveau, corps et environnement est conceptualisée par la fibre textile de couleur noire et les fils de soie colorés. Le noir évoque l’espace émotionnel, l’intime, le corps, l’ombre, l’infini, l’univers, tandis que les fils colorés
réparent et relient, créant des vibrations qui résonnent avec les ondes cérébrales, les rythmes et couleurs de la nature.
Chaque œuvre devient un fragment de mémoire rendu visible, une empreinte du temps, un souvenir redessiné par le tracé de la broderie, une méditation intérieure.
La broderie main, lente et empreinte de traditions, induit une transe contemplative rappelant la plénitude d’un mode de vie, au ralenti. Se laissant surprendre par la matière et les émotions, cette pratique de broderie reliant création plastique et savoir-faire traditionnel est un questionnement constant, un paysage de mémoire à réinventer et à préserver.